L'EURO

L’Allemagne et l’avenir de l’euro

« Si l’euro échoue, c’est l’Europe qui échoue » : telle est la conviction profonde du gouvernement allemand. La chancelière Angela Merkel l’a exprimée en mai 2010, devant le Bundestag, lors de l’adoption du volet allemand du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Face à la crise des dettes publiques en Europe, l’Allemagne est donc déterminée à tout faire, aux côtés de ses partenaires (en particulier de la France), pour garantir la stabilité de la monnaie unique - à court et à long terme. Revue de ses principaux arguments.

 

L’analyse allemande de la crise

Une crise des dettes publiques, non de l’euro

Aux yeux du gouvernement allemand, la crise n’est pas celle de l’euro mais celle des finances publiques. Les pays touchés sont très endettés, ce qui les rend vulnérables aux attaques spéculatives. C’est pourquoi, explique Berlin, la solution passe par la réduction et par le contrôle de la dette publique, ainsi que par une meilleure coordination des politiques économiques. Les marchés financiers n’auront plus de prise sur des budgets sains.

 

Réduire les écarts au sein de la zone euro pour élever la compétitivité de tous

L'idée d'une Union monétaire basée sur des transferts financiers est très impopulaire outre-Rhin. Aux yeux de Berlin, c’est la compétitivité de l’ensemble de la zone euro qu’il faut améliorer pour résorber les déséquilibres qui se sont creusés ces dernières années.

 

Pourquoi défendre la stabilité de l’euro ?

L’échec de l’euro signifierait l’échec du projet européen

Selon la chancelière Angela Merkel, "l'Union monétaire est une communauté de destins. L'enjeu est, ni plus, ni moins, celui de la préservation […] de l'idée européenne." (déclaration gouvernementale au Bundestag, mai 2010). L’échec de l’euro signifierait donc l’échec de l’idée européenne.

A l’inverse, la résolution de la crise actuelle consolidera l’Europe. « Finalement, l’intégration européenne a toujours été renforcée par les crises. Je suis convaincu que ce sera aussi l’expérience qui sera tirée de la crise actuelle », écrit le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (tribune publiée par le journal Le Monde, 4 février 2011).

 

L’euro fort est un atout économique concret

L’élimination des risques de change au sein de la zone euro permet aux exportateurs de réaliser une économie importante (quelque dix milliards d’euros par an) parce qu’ils n’ont plus besoin de s’assurer. Cela favorise les échanges commerciaux et la croissance.

Ce faisant, l’euro soutient en outre l’emploi. La Fédération allemande des chambres de commerce et d’industrie (DIHK) a calculé que l’existence du marché intérieur garantissait quelque 5,5 millions d’emplois.

 

Quelles solutions concrètes ?

Pas d’obligations européennes

L’Allemagne émet deux objections quant à l’opportunité de créer des obligations européennes. Premièrement, sur le plan économique, ce mécanisme permettant de mutualiser une partie des risques liés aux dettes européennes « ne créerait pas les bonnes incitations ». Les pays les plus endettés pourraient emprunter plus facilement, à des taux d'intérêt moindres, et cela ne les inciterait pas à faire les efforts nécessaires pour consolider leur budget. « L’incitation et la sanction résident dans un risque de taux d’intérêt plus élevé, exprimé par ce que l’on appelle les spreads (écarts de taux). Ce système fonctionne. C’est pourquoi il ne doit pas être supprimé purement et simplement par une communautarisation du risque de taux d’intérêt, même sous la forme d’euro-obligations », explique Wolfgang Schäuble.

Deuxièmement, d’un point de vue juridique, l’idée de créer des euro-obligations « n'est, selon nous, en rien compatible avec les traités européens en vigueur », a exposé Angela Merkel.

 

Renforcer le Pacte de stabilité

Selon la chancelière Angela Merkel, « une politique fondée sur une culture européenne de la stabilité constitue l'alpha et l'oméga d'une coexistence paisible au sein de l'Union européenne. »

Fin octobre 2010, les 27 Etats membres de l’Union européenne (UE) se sont ainsi accordés sur le renforcement du Pacte européen de stabilité et de croissance. Il est prévu d’accroître la surveillance des politiques économiques et budgétaires (« semestre européen ») et de renforcer les menaces de sanctions. « Le pacte sera plus offensif, afin de pouvoir empêcher certains Etats de la zone euro de suivre une  politique mettant la stabilité en danger. Et à l’avenir, nous ne tolérerons plus que des Etats membres, par une mauvaise politique, favorisent les problèmes structurels et minent leur propre compétitivité », expose M. Schäuble.

 

Créer un mécanisme permanent de résolution des crises

En décembre 2010, le Conseil européen a approuvé l’idée, présentée conjointement par l’Allemagne et la France, de mettre en place d’un mécanisme permanent de gestion des crises en Europe. Ce dernier remplacera à partir de 2013 l’actuel fonds de secours de l’euro et mettra aussi à contribution les créanciers privés des États (banques, fonds d’investissement) en cas de faillite d’un État. Les 27 procèderont à une modification limitée du traité de Lisbonne afin de rendre ce mécanisme « juridiquement inattaquable » (Wolfgang Schäuble).

 

Doter la zone euro d’un « gouvernement économique » sous la forme d’une « coopération renforcée » ouverte à tous

Pour stabiliser l’euro à long terme, l’Allemagne et la France souhaitent, en outre, renforcer la coordination des politiques budgétaires, économiques et sociales au sein de la zone euro. L’objectif serait d’améliorer la compétitivité de l’ensemble des pays qui en font partie. Ce « gouvernement économique » de la zone euro prendrait appui sur les principes d’étalonnage des performances (benchmarking) et d’échanges de bonnes pratiques entre les pays en matière de compétitivité. L’harmonisation fiscale entre la France et l’Allemagne en fournit un exemple. La coordination prendrait en compte différentes variables déterminant la compétitivité (politique salariale, fiscalité, âge de la retraite, par exemple). Cette « coopération renforcée » resterait, par ailleurs, ouverte aux dix États membres de l’Union européenne (UE) n’appartenant pas à l’eurogroupe afin « d’éviter que la coopération renforcée dans la zone euro ne se transforme en une division durable de l’UE » (Wolfgang Schäuble).