Le budget 2011 devant le Bundestag : des économies au service de la croissance

À l'heure où l'économie se redresse, l'Allemagne entend purger ses déficits pour redonner une base saine à sa croissance et remplir pleinement ses engagements européens. Ainsi pourrait-on résumer l'ambition du projet de budget pour 2011 et de la planification financière à moyen terme. Toute la semaine, le Bundestag examine poste par poste ces textes que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a présentés mardi aux députés. Au programme : 11,2 milliards d'euros d'économies en 2011, et 80 milliards au total d'ici à 2014. Le déficit public allemand doit refluer sous la barre des 3 % du produit intérieur brut (PIB) dès 2012.

 

Bases assainies

Après la grave récession de 2009, Berlin s'est fixé pour priorité de redonner à son économie les bases d'une croissance stable. Les perspectives sont bonnes : la création de richesses a connu un sursaut de 2,2 % au deuxième trimestre 2010. Presque tous les spécialistes de la conjoncture s'attendent désormais à voir la croissance allemande atteindre, voire dépasser 3 % cette année. Lundi, la Commission européenne a ainsi révisé à 3,4 % ses prévisions de croissance pour l'Allemagne. C'est presque trois fois plus que ce qui était attendu jusqu'à présent.

Ainsi, le signal de la reprise sonne le glas des plans de relance -et l'heure de la consolidation budgétaire. Grâce à la croissance, le déficit public allemand ne devrait pas atteindre les abysses prévus. Il est désormais estimé de 50 à 60 milliards d'euros au lieu de 86 milliards.

 

Responsabilité européenne

L'Allemagne en profitera pour prendre de l'avance. Elle entend respecter les critères du Pacte européen de stabilité dès 2012. Son déficit public devrait, selon les experts, passer de 4,5 % du PIB cette année à 4 % en 2011 et à 3 % en 2012. Berlin entend ainsi assumer sa responsabilité à l'égard de l'Europe, a souligné M. Schäuble. Le gouvernement allemand défend au niveau européen le respect du Pacte de stabilité et le choix d'une politique budgétaire raisonnable. C'est, à ses yeux, la seule manière de jeter les bases d'une croissance durable en Europe.

 

Frein à l'endettement

Mais la suppression progressive des déficits publics s'impose aussi à l'Allemagne pour une autre raison. En 2011, le nouveau mécanisme constitutionnel de frein à l'endettement entrera en vigueur. Il prévoit la suppression progressive du déficit structurel.

En pratique, le gouvernement allemand entend ainsi réduire le nouvel endettement de moitié entre 2011 (57,7 milliards d'euros) et 2014 (24,1 milliards d'euros). La dette de l'État fédéral atteint 1.000 milliards d'euros, a souligné M. Schäuble. "Les citoyens ont compris qu'il faut réduire le recours à l'endettement lorsque qu'il s'élève trop". Le fait que le déficit soit moins important que prévu en 2010 rend la pente un peu plus douce, a-t-il ajouté. Mais il n'enlève rien à la nécessité de la consolidation du budget.

 

Projet équilibré

Devant les députés allemands, le ministre a défendu un texte qu'il juge "équilibré". Plus de la moitié des économies prévues en 2011 (5,9 milliards d'euros sur 11,2) et au-delà proviendront de la réduction des dépenses publiques. C'est un levier plus efficace que les baisses d'impôts, a souligné M. Schäuble. Or, ces économies seront réparties entre différents postes (dépenses sociales, mais aussi administration et entreprises) et les prestations sociales et familiales continueront de représenter plus de 50 % des dépenses de l'État fédéral. Elles mettront encore davantage l'accent sur la promotion du retour à l'emploi.

À côté de la réduction des dépenses, toutefois, M. Schäuble estime cependant nécessaire d'augmenter aussi les recettes fiscales. De nouvelles taxes, notamment sur le transport aérien et sur les combustibles nucléaires, apporteront donc aussi une contribution importante à la consolidation des finances publiques.

 

Investissements dans l'éducation et la recherche

Aux yeux du gouvernement allemand, économiser ne signifie cependant pas cesser d'investir. Au contraire. Les marges de manœuvre libérées grâce aux économies permettront d'accroître les dépenses dans les secteurs qui porteront la croissance de demain, comme l'éducation. Une enveloppe supplémentaire de douze milliards d'euros sera ainsi consacrée à l'éducation et à la recherche jusqu'en 2013.


AL