Interview : Une responsabilité envers la paix dans le monde

Un entretien avec l’ambassadeur Peter Wittig sur le rôle de l’Allemagne comme membre non-permanent du Conseil de sécurité et les objectifs d’une réforme de cet organe important.

M. l’Ambassadeur, l’Allemagne a été élue à la mi-octobre membre non-permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette élection a été précédée d’une campagne électorale intense. Avec quels arguments l’Allemagne a-t-elle su convaincre ?

Nous avons mis nos atouts en avant : la contribution fiable et reconnue de l’Allemagne à la paix et à la sécurité dans le monde, notre engagement substantiel et durable pour le développement international et notre rôle pionnier dans la politique du climat. Tout cela nous a valu une belle reconnaissance.


Il paraît que vous avez eu des entretiens avec presque tous les 191 ambassadeurs à l’ONU avant cette élection. Un véritable marathon diplomatique…


En effet, j’ai parlé avec tous les ambassadeurs présents à l’ONU. Mais la campagne préparant cette élection a duré plusieurs années. Pendant cette période, nous avons présenté nos intentions lors de nombreux entretiens – dans les différents pays, ici à New York, mais aussi lors de contacts directs à un niveau politique élevé. En la matière, il a été très important pour nous de pouvoir recourir à notre réseau mondial de représentations à l’étranger : cela nous a d’une part permis d’avoir directement accès aux décideurs locaux ; et cela souligne aussi de manière convaincante les responsabilités qu’assume un pays de notre taille et de notre importance quant aux défis globaux de notre époque.


La réforme des Nations unies est un sujet abordé depuis des années. Comment l’Allemagne usera-t-elle de sa présence au Conseil de sécurité pour faire avancer les efforts en faveur d’une réforme ?


L’année prochaine, outre les membres permanents et l’Allemagne, ces puissances régionales que sont le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Nigéria siègeront au Conseil de sécurité. Tous ces pays sont, en raison de leur poids régional, également candidats à un siège dans un Conseil de sécurité réformé. La communauté internationale suivra de très près l’impact qu’aura cette composition du Conseil sur le travail et le rayonnement du Conseil de sécurité. Nous pensons qu’une coopération couronnée de succès lors des deux prochaines années serait un signe positif indiquant que l’intégration de tous les continents profiterait à tous les pays membres des Nations unies – c’est à quoi tendent finalement nos efforts en faveur d’une réforme.


Sur le long terme, il y va aussi pour l’Allemagne d’un siège permanent à l’organe suprême des Nations unies – par exemple sous forme d’un siège pour l’Union européenne. Pourquoi cela est-il si important ?


De notre point de vue, la composition du Conseil de sécurité reflète la réalité géopolitique de 1945 – et pas celle d’aujourd’hui. L’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie en sont tout aussi absentes que les pays qui, derrière les Etats-Unis, contribuent financièrement le plus au budget des Nations unies, à savoir le Japon et l’Allemagne. Le Conseil de sécurité est au cœur des efforts entrepris pour préserver la paix dans le monde. Nous devons éviter tout ce qui pourrait le gêner dans ce rôle et devrions donc l’adapter à la pondération politique du monde d’aujourd’hui. Il n’est pas dans notre intérêt d’en arriver à une asymétrie dans la « gouvernance globale » avec, d’un côté, de nouvelles constellations dynamiques comme le G20 et, de l’autre, la situation statique du multilatéralisme institutionnel des Nations unies. Il serait faux de réduire notre demande de réforme du Conseil de sécurité au seul désir d’un siège permanent de l’Allemagne.


Quels sont les thèmes que l’Allemagne désire faire avancer pendant ses deux ans à l’organe le plus important de la communauté internationale ?


Le Conseil de sécurité porte une très grande responsabilité dans la préservation de la paix et de la sécurité dans le monde. En tant que membre non-permanent, l’Allemagne contribuera à cette tâche essentielle et soutiendra le Conseil de sécurité dans son rôle d’instrument global de prévention et de réaction aux crises. Mais il y va de bien plus : nous pensons que le Conseil de sécurité doit se pencher de manière approfondie sur les causes des conflits. C’est pourquoi les grandes lignes de la politique étrangère allemande – prévention des crises, consolidation de la paix, lutte contre le terrorisme, non-prolifération et politique en faveur du climat – se reflèteront dans notre travail au Conseil de sécurité. Nous œuvrerons aussi plus intensément à la protection des enfants dans les conflits armés : ils sont en effet ceux qui en souffrent le plus et ils les subissent en toute impuissance.


Pour bien des gens, le travail des Nations unies est assez abstrait. Qu’est-ce qui vous fascine personnellement dans la tâche de représentant permanent de l’Allemagne auprès des Nations unies ?


C’est un travail extrêmement passionnant – mais aussi très exigeant ; il faut évoluer au sein d’un éventail de sujets extrêmement large. Ce qui m’impressionne le plus est le fait qu’on vit et travaille ici comme dans un microcosme réunissant tous les pays, toutes les religions, toutes les cultures. Cela favorise beaucoup la compréhension réciproque pour d’autres points de vue.


Interview : Janet Schayan

Situation au 17.11.2010
© .de - Magazin Deutschland, www.magazin-deutschland.de

Plus d'informations :
Représentation permanente de l’Allemagne auprès de l’ONU

Interview avec l'ambassadeur fédéral auprès des Nations Unies