L'Afrique et l'Union européenne

© dpa/picture-alliance Agrandir l'image © dpa/picture-alliance (© dpa/picture-alliance) L’Union européenne et l’Afrique sont liées par un partenariat étroit et profond grevé cependant parfois par leur passé colonial. Ces liens de partenariat se resserrent de manière visible et symbolique pour le grand public notamment lors des sommets UE-Afrique. Le 3e sommet de ce type s’est déroulé à Tripoli les 29 et 30 novembre 2010. L’Allemagne y était représentée par son ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle.

Le partenariat entre ces deux continents voisins repose sur de larges bases économiques, culturelles et humaines. L’Union européenne reste le marché le plus important pour les exportations africaines, domaine dans lequel elle devance les États-Unis et la Chine. Inversement, l’Afrique représente déjà aujourd’hui 9 pour cent des échanges commerciaux de l’UE. Dans leurs relations avec l’Europe, les États africains bénéficient de différents régimes de préférences commerciales (« Initiative tout sauf les armes », accords de partenariat économique) qui leur facilitent l’accès au marché européen et engendrent en général un excédent commercial. L’UE investit par ailleurs chaque année quelque deux milliards d’euros dans l’aide au commerce.

Toutefois, il est à noter qu’à l’heure actuelle non seulement la Chine mais aussi d’autres pays émergents comme l’Inde et le Brésil augmentent leurs parts de marché en Afrique. On observe la même tendance dans le domaine des investissements directs et de l’aide publique au développement. L’UE dans son ensemble reste le principal partenaire de l’Afrique mais d’autres acteurs tels que la Chine jouent un rôle de plus en plus important et exercent une influence de plus en plus grande.

Les relations politiques que les deux continents entretiennent sur un pied d’égalité constituent un pilier solide du partenariat euro-africain. Le dialogue que mène l’UE avec une Union africaine consciente de sa propre valeur et prenant des décisions autonomes ne cesse de s’élargir. L’Afrique est un partenaire important tant au sein de l’ONU que du G20, elle voit son rôle et sa signification grandir dans tous les dossiers mondiaux tels que le changement climatique, le tournant énergétique, la protection de l’environnement et des ressources naturelles, le désarmement et la non-prolifération.

Les défis sécuritaires auxquels le continent africain est confronté continuent de revêtir une importance essentielle dans le partenariat entre l’Europe et l’Afrique. Dans ce domaine également, on voit que l’Afrique est disposée à prendre son destin en main. L’UA et les organisations régionales africaines sont en train de mettre en place une architecture de paix et de sécurité africaine (APSA).

L’UE, principal bailleur de fonds, soutient ces efforts en apportant son appui dans les domaines de la mise en place des institutions ainsi que de la formation initiale et continue. Elle participe également à ce titre de manière décisive au financement des efforts de médiation politique et aux opérations de maintien de la paix placées sous l’égide de l’Union africaine (MINUAD et MINUS au Soudan ; AMISOM en Somalie).

Pourquoi une Stratégie commune UE-Afrique ?

Le continent africain est en mutation. Théâtre de crises et de conflits, l’Afrique se caractérise également de plus en plus par une croissance économique supérieure à la moyenne qui a dépassé les 5 pour cent pendant la dernière décennie à l’exception de 2009, l’année de la crise. Cette croissance est certes très différente selon les régions et les secteurs économiques mais elle prouve le grand potentiel et les chances grandissantes qu’offre ce continent. Le processus de transformation culturelle et politique s’est également accéléré.

Il suffit de mentionner la création de l’Union africaine en 2002 et du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Le rôle accru que jouent les communautés économiques régionales (CER) en Afrique et l’émergence, dans les pays africains, d’une jeune élite politique qui a souvent grandi dans les villes et qui possède une bonne formation transforment le visage de l’Afrique. Des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Turquie déploient un engagement croissant sur le continent africain. Tout cela a aussi des répercussions sur les relations entre l’Afrique et l’Europe.

L’UE a changé, elle aussi. Elle compte aujourd’hui 27 États membres. Si les différents élargissements de l’UE et le traité de Lisbonne ont multiplié les possibilités politiques et économiques de l’UE, ils n’en placent pas moins l’Union et notamment le nouveau Service européen pour l’action extérieure devant des tâches et des défis nouveaux s’agissant de la coordination et de la complémentarité des politiques et des aides des différents États.

Les relations entre l’UE et l’Afrique ont trop longtemps été éparpillées et régies selon des priorités parfois divergentes. Tandis que certains États membres cultivent depuis des années des relations politiques, économiques et culturelles avec certains pays et régions d’Afrique, d’autres sont relativement novices dans la politique africaine et la coopération au développement. Au niveau communautaire, la Commission européenne a fait des expériences précieuses ces dernières années et a conclu un certain nombre d’accords avec plusieurs régions d’Afrique, ce qui constitue pour les parties contractantes une base solide qui permet de planifier et donne de la sécurité.

La Stratégie commune UE-Afrique adoptée en décembre 2007 constitue l’aboutissement de la Stratégie Afrique adoptée lors du Conseil européen de décembre 2005, qui avait été élaborée sans participation directe des Africains. Son but était de doter l’UE d’un cadre cohérent, complet, intégré et durable pour ses relations avec l’Afrique. Avec l’aide de l’Union africaine, il s’agissait ensuite d’étoffer le squelette de cette déclaration par des mesures concrètes. À l’époque déjà, les partenaires africains souhaitaient mettre en place une Stratégie commune avec les Européens.

La Stratégie commune UE-Afrique

© Présidence UE du Portugal Agrandir l'image © Présidence UE du Portugal (© Présidence UE du Portugal) Sur la base de la Stratégie UE-Afrique, les représentants de l’UE et des États africains ont élaboré une Stratégie commune qui fut adoptée officiellement lors du deuxième sommet UE-Afrique le 9 décembre 2007 à Lisbonne. En amont, les organes de l’Union africaine et de l’UE avaient lancé une vaste consultation publique en 2007, qui avait permis de rassembler de nombreuses propositions venant de divers groupes d’intérêt publics et privés.

Le processus de consultation a permis d’élaborer une Stratégie à laquelle les sociétés civiles des deux continents peuvent s’identifier, à laquelle elles ont contribué et qu’elles souhaitent soutenir par leur propre travail. Cette consultation publique a permis à tous les intéressés d’influencer le débat sur les relations entre l’UE et l’Afrique.

Quelles sont les caractéristiques de la Stratégie commune ?

Partant du constat de valeurs et d’intérêts étroitement reliés et d’objectifs partagés, dans le contexte d’une situation mondiale qui a évolué, la Stratégie commune offre un cadre qualitativement nouveau à la coopération future entre les deux continents. Le futur partenariat devait ainsi revêtir une nouvelle dimension stratégique, permettant une coopération politique axée sur un dialogue continu à divers échelons.

La Stratégie définit plusieurs objectifs :

  • un partenariat politique UE-Afrique qui traite des questions et problèmes d’intérêt commun touchant notamment la migration, la paix et la sécurité, l’environnement ;
  • la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement par les pays africains d’ici 2015 et la promotion de la paix et de la sécurité, du développement durable, des droits de l’homme, de la bonne gouvernance, etc. ;
  • une démarche concertée de la part des deux continents au sein des forums internationaux et sur les questions mondiales ;
  • la promotion d’un partenariat qui place les populations au centre de ses préoccupations et implique la société civile dans sa mise en œuvre.
  • La Stratégie commune entend être un partenariat sur un pied d’égalité. Les stéréotypes et les perceptions traditionnelles de l’autre doivent être éliminés au profit d’une meilleure compréhension des habitants et des cultures des deux continents. Il s’agit de respecter le rôle prééminent des Africains eux-mêmes dans le développement économique et social de l’Afrique et dans la mise en œuvre des programmes de coopération.

Angela Merkel et Javier Solana lors du sommet EU-UA © dpa/picture-alliance Angela Merkel et Javier Solana lors du sommet EU-UA © dpa/picture-alliance Des plans d’action d’une durée de trois ans sont mis en place pour traduire la Stratégie dans les faits. Le deuxième plan d’action (2011 à 2013) est articulé autour de huit partenariats :

  • Partenariat pour la paix et la sécurité
  • Partenariat pour la gouvernance démocratique et les droits de l’homme
  • Partenariat pour le commerce et l’intégration régionale
  • Partenariat pour les objectifs du Millénaire pour le développement
  • Partenariat pour l’énergie
  • Partenariat pour le changement climatique
  • Partenariat sur les migrations, la mobilité et l’emploi
  • Partenariat pour les sciences, la société d’information et l’espace

Une troïka ministérielle UE-Afrique qui se réunit deux fois par an est chargée de diriger la mise en œuvre politique du Plan d’action. Des équipes sont chargées d’élaborer des propositions concrètes pour chacun de ces huit partenariats. Elles s’assurent aussi de la participation d’acteurs non gouvernementaux et de la société civile. Un rapport annuel fait état de l’avancée des travaux.

Objectifs du Millénaire pour le développement

Source : Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA)

Situation au 1er décembre 2010