Les grands défis du Soudan
Depuis son indépendance, le Soudan est déchiré par des guerres civiles qui trouvent leurs racines dans le délaissement des immenses zones rurales au profit de l’élite arabophone de la capitale, Khartoum. À cela s’ajoutentdes différends religieux et ethniques entre le Nord et le Sud du pays, ainsi que des conflits sur la répartition des ressources rares, telles que l’eau et les pâturages, entre les nomades et les agriculteurs.
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(© picture-alliance/dpa)
Le Soudan figure parmi les pays les plus pauvres et endettés du monde. La situation alimentaire de la population est préoccupante dans de nombreuses régions. Au-delà des conflits, des périodes de sécheresse entraînent régulièrement des catastrophes alimentaires qui obligent la communauté internationale à fournir une aide humanitaire. La pénurie d’eau et la désertification sévissent dans de vastes portions du territoire, freinant ainsi le développement. D’un autre côté, le plus grand pays d’Afrique regorge de ressources naturelles, notamment de pétrole, de minerais et de métaux nobles (dont l’or). Irrigué par le Nil, il recèle aussi des terres potentiellement cultivables.
Le processus de paix entre le Nord et le Sud
La politique intérieure du Soudan est principalement axée sur les dispositions de l’accord de paix global (CPA) signé en 2005. Ce dernier met fin à la guerre civile qui opposait depuis 1982 le gouvernement soudanais au SPLM/A, principale faction rebelle du Sud-Soudan. Il transforme le Soudan en État fédéral comportant une région largement autonome, le Sud-Soudan, dont la capitale est Djouba. Par ailleurs, il garantit au SPLM une participation de 50 % au sein du Gouvernement d’unité nationale (GoNU), à Khartoum. Il instaure le partage des recettes pétrolières entre les diverses régions productrices d’une part, et entre le Nord-Soudan et le Sud-Soudan d’autre part, le tout sous surveillance internationale. Enfin, il prévoit, à l’issue d’une période transitoire de six ans, l’élection démocratique d’un président ainsi que l’organisation d’élections législatives au Nord-Soudan et au Sud-Soudan. Ces dernières se sont déroulées le 11 avril 2010. Un référendum organisé le 9 janvier 2011 décidera de l’indépendance du Sud-Soudan.
La mise en œuvre de l’accord de paix progresse péniblement, mais sûrement. Cependant, certaines questions restent en suspens, en particulier le tracé de la frontière entre le Nord-Soudan et le Sud-Soudan et la répartition des ressources à l’issue du référendum. Le 22 juillet 2009, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a tranché le différend lié aux frontières de la province d’Abyei, revendiquée à la fois par le Nord-Soudan et le Sud-Soudan.
Lire la décision du 22/07/2009 sur le tracé des frontières de la province d’Abyei (en anglais)
La décision prévoit de rattacher au Nord-Soudan deux grands champs pétrolifères (Heglig et Bamboo). Les deux parties au conflit ont annoncé leur intention de respecter cet arbitrage.
Depuis la signature du CPA, les affrontements entre les forces armées du Nord (SAF) et celles du Sud (SPLA) ont généralement pu être évités. Un programme de désarmement a été lancé auprès de 90 000 anciens combattants en février 2009.
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(© Ministère fédéral de l'Intérieur (BMI))
L’application de l’accord de paix Nord-Sud est contrôlée par la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS), qui compte environ 10 000 militaires et 3 900 auxiliaires civils. Des soldats et policiers allemands y participent.
À l’échelon international, le Qatar s’efforce de relancer les négociations sur le Darfour. Il travaille en étroite coopération avec Djibril Bassolé, médiateur en chef de l’ONU et de l’Union africaine au Darfour, qui assure une présence permanente sur place depuis août 2008. Une première avancée a été accomplie en février 2009 : le groupe rebelle JEM et le gouvernement soudanais ont signé une déclaration d’intention prévoyant des mesures destinées à créer la confiance (échange de prisonniers, aide humanitaire).
Le 23 février 2010, le JEM a conclu avec Khartoum un accord de cessez-le-feu ainsi qu’un accord-cadre pour de nouvelles négociations de paix. Il s’agit notamment d’intégrer les rebelles à l’armée soudanaise, de transformer le JEM en parti politique, de rapatrier et d’indemniser les réfugiés, et de procéder à une restructuration administrative du Darfour. Le gouvernement s’est engagé à gracier tous les rebelles emprisonnés et à déclarer une amnistie générale.
La situation de sécurité reste toutefois précaire au Darfour. Des affrontements continuent de survenir ponctuellement entre le gouvernement et d’autres factions rebelles. Des soldats et des policiers allemands participent aussi à la MINUAD, mission conjointe des Nations unies et de l’Union africaine.
En savoir plus sur la participation allemande à la MINUAD
Les élections de 2010
Du 11 au 14 avril 2010 se sont déroulées les premières élections à grande échelle jamais organisées depuis 1986 au Soudan. Le vote, entaché par des irrégularités, n’était certes pas conforme aux normes internationales. Cependant, il a constitué une étape sur la voie de la démocratisation et de l’ouverture politique. Le président Omar el-Béchir a remporté le scrutin avec 68 % des voix. Les citoyens ont également élu un président sud-soudanais et des gouverneurs locaux, ainsi que les députés du Parlement national et des assemblées régionales. Le 9 janvier 2011, les habitants du Sud-Soudan décideront de l’indépendance de leur région dans le cadre d’un référendum.
Mandat d’arrêt international contre le président Omar el-Béchir
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(© miafarrows.org)
Le 4 mars 2009, la Cour pénale internationale de La Haye (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir en énumérant sept chefs d’accusation : cinq pour crimes contre l’humanité et deux pour crimes de guerre.
Les craintes liées à d’éventuelles répercussions sur la sécurité des missions des Nations unies (la MINUS et la MINUAD) ne se sont pas concrétisées. Cependant, le gouvernement soudanais a réagi au mandat d’arrêt en mettant fin au travail humanitaire de 13 ONG internationales. Le gouvernement allemand a condamné cet acte avec la plus grande fermeté. En outre, Berlin a exhorté Khartoum à ménager un couloir humanitaire vers le Darfour et à coopérer avec la CPI. Dès mars 2005, le Conseil de sécurité des Nations unies avait adopté la résolution 1593 attirant l’attention de la Cour pénale internationale sur la situation du Darfour et engageant le gouvernement soudanais à collaborer avec la CPI, ce qu’il a refusé. En juin 2008, l’Union européenne a menacé le Soudan de prendre des sanctions s’il campait sur sa position.
Le 27 avril 2007, la CPI a émis un mandat d’arrêt contre Ahmed Haroun, ancien ministre de l’Intérieur, et Ali Kosheib, chef de milice janjawid, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans 51 cas.
Les Janjawids sont des milices montées d’origine arabe qui sévissent au Darfour. Elles sont soutenues et armées par le gouvernement soudanais depuis les années quatre-vingt. Les Janjawids figurent parmi les principaux agresseurs dans le conflit qui fait rage au Darfour.
D’autres procédures ont été engagées contre trois chefs rebelles soupçonnés d’avoir participé à l’attaque dirigée contre la base de l’AMIS (Mission de l’Union africaine au Soudan) à Haskanita, le 29 septembre 2007, qui a coûté la vie à douze hommes. Bahr Idriss Abu Garda, leader du Front uni de résistance, a comparu volontairement devant la CPI le 18 Mai 2009. Cependant, la Cour a abandonné les poursuites faute de preuves.
Situation au 08/10/2010
(Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA), traduction : CIDAL)
En savoir plus (en allemand) :