Angela Merkel et Nicolas Sarkozy réclament un accord sur le climat
"Nous avons débuté l'année avec une grave crise financière, et nous l'avons en grande partie surmontée en coopérant avec les principaux autres pays industrialisés du monde. […] Mais tout cela n'aurait pas beaucoup de valeur si nous échouions lors de la conférence sur le climat" : c'est en ces termes vigoureux que la chancelière Angela Merkel a appelé, jeudi, la communauté internationale à s'entendre sur des moyens et des objectifs visant à limiter le réchauffement du climat. Aux côtés du président français Nicolas Sarkozy et du premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, elle a réclamé la conclusion d'un accord international contraignant avant le milieu de l'année 2010.
Accord contraignant d'ici à la mi-2010
"Depuis quelque temps, nous observons avec beaucoup d'inquiétude que les ambitions semblent se réduire quant à la conclusion d'un accord efficace visant à protéger le climat", a relaté Mme Merkel. Or, la conférence de Copenhague peut et doit être un succès, estime-t-elle. Dans tous les cas, elle doit être suivie, dans la première moitié de l'année 2010, d'un accord international juridiquement contraignant. Cet accord devra engager les États signataires à respecter des objectifs concrets de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Il devra également inclure des dispositions contractuelles sur la répartition des efforts financiers à réaliser pour y parvenir, a détaillé la chancelière.
Afin de pousser au succès des négociations, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se rendront tous les deux à la conférence de Copenhague. Celle-ci réunira du 7 au 18 décembre les représentants de 192 pays sous l'égide de l'ONU. Elle a une mission historique : trouver un accord mondial pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, la principale source du réchauffement du climat terrestre.
+ 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, un plafond décisif
Un premier pas avait été franchi, en la matière, lors de la signature, en 1997, du protocole de Kyoto. Mais, d'une part, ce protocole arrive à échéance en 2012. De l'autre, de nombreuses études scientifiques tendent à montrer que le réchauffement s'accélère et qu'il faut aller plus loin. Il est admis qu'il faut limiter la hausse de la température globale à 2°C au-dessus du niveau préindustriel d'ici à 2050 si l'on veut éviter un emballement du climat. Mais cela impose une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, et pose la question de la répartition des efforts entre les pays industrialisés, émergents et en développement.
Dans ce contexte, la chancelière allemande et le président français ont donc une idée précise de ce qu'ils entendent par "succès" de la conférence de Copenhague. Cela signifie que les participants doivent "tracer des perspectives réalistes expliquant comment le monde peut atteindre l'objectif décisif d'une limitation de l'augmentation des températures à 2°C d'ici à 2050", a déclaré Mme Merkel. Le sommet ne pourra être considéré comme un succès que s'il conduit à un accord qui permette d'atteindre cet objectif, a renchéri M. Sarkozy. Les décisions de Copenhague doivent contenir des règles contraignantes et des objectifs concrets de réduction des émissions, a-t-il souligné.
Répartir les efforts
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy entendent faire valoir un argument de poids dans la négociation : l'attitude pionnière de l'Union européenne (UE). Ses 27 États membres se sont d'ores et déjà engagés sur des objectifs ambitieux de réduction de leurs émissions (jusqu'à 30% d'ici à 2020). Ils espèrent donc maintenant être suivis par le reste de la communauté internationale. En outre, l'Europe promet d'aider les pays en développement à financer leurs efforts de lutte contre le changement climatique. Les Européens aideront ces pays de toutes leurs forces, a promis la chancelière.
AL
Plus d'informations:
Office de presse et d'information du gouvernement fédéral "Deux pour 27"
REUNION INFORMELLE DES CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE L'UNION EUROPEENNE CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, NICOLAS SARKOZY, DE LA CHANCELIERE DE LA REPUBLIQUE FEDERALE D'ALLEMAGNE, ANGELA MERKEL ET DU PREMIER MINISTRE DU ROYAUME DU DANEMARK, LARS LOEKKE RASMUSSEN (Bruxelles, 19 novembre 2009) |
Angela Merkel - Mesdames et Messieurs, bonsoir, Nous nous sommes réunis avec le Premier ministre danois M. Rasmussen pour discuter ensemble des préparatifs de la Conférence de Copenhague. Le président Sarkozy et moi-même suivons avec la plus grande inquiétude l'évolution des choses. Nous voyons que les ambitions concernant les objectifs de Copenhague semblent se réduire comme peau de chagrin et nous pensions qu'il était important que nous appuyions la Présidence danoise pour que le Sommet de Copenhague soit vraiment un succès car je crois vraiment qu'avec la bonne volonté de tous, cela peut être un succès. Nous pensons donc qu'il faut que nous nous engagions sur l'objectif de 2°C d'ici 2050, clairement. En fait, l'Europe a déjà fait beaucoup. Nous remplissons notre engagement et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ces objectifs soient réalisés d'ici 2050. Nous appuierons les pays en voie de développement et nous espérons aussi que les pays qui se développent actuellement auront des objectifs ambitieux. Il était important que M. Rasmussen ait pu participer au Sommet de l'APEC et ait pu dire ce que nous attendons de ces pays. Nous sommes, bien sûr, dans une crise financière économique grave et nous avons réussi à coopérer dans le cadre du Sommet du G20, mais tout cela ne serait, bien sûr, pas grand-chose si maintenant, nous ne devions pas arriver à des objectifs ambitieux à Copenhague. Il est donc vraiment très important, dans cette année qui est une grande année de la coopération internationale, que nous arrivions à des résultats et donc, Copenhague doit être un succès. Nous devons y arriver et dès le premier semestre de l'an prochain nous devons avoir un accord contraignant et être capables de véritablement contrôler que les objectifs soient bien réalisés. Et il faut que ces engagements politiques soient pris dès Copenhague. Nous avons discuté entre nous pour savoir ce que nous pouvions encore faire pour améliorer la situation et travailler encore plus étroitement avec nos collègues danois. Nicolas Sarkozy - Je partage bien sûr totalement l'opinion de la Chancelière. D'abord, je voudrais dire combien le Premier ministre danois fait un excellent travail. Nous voulons un succès à Copenhague et nous avons fixé un certain nombre de lignes rouges : Copenhague doit prévoir des chiffres, des objectifs précis ; Copenhague doit intégrer des règles contraignantes. Nous n'accepterons pas - et nous sommes bien d'accord avec la Chancelière - de faire semblant que Copenhague soit un succès si ça ne l'est pas. Et nous sommes bien d'accord avec le Premier ministre Rasmussen : pour que Copenhague soit un succès, il faut des objectifs précis et des règles contraignantes. Nous ne voulons pas d'un Sommet avec de mauvais compromis. L'Europe a fait beaucoup, nous sommes prêts à faire davantage, nous soutenons totalement nos amis danois mais il faut que cela bouge dans toutes les parties du monde. Comme l'a dit Angela Merkel, d'ici là nous allons développer une intense activité diplomatique. Nous verrons, la Chancelière et moi, en Allemagne et en France, le président indonésien. Je vous l'annonce, je me rendrai au Sommet du Commonwealth à Trinidad, j'irai à Manaus aussi avec le président Lula. Et nous avons convenu tous ensemble que c'était tous les chefs d'Etat et de gouvernement européens qui devront être au Sommet de Copenhague. Mais nous le disons, pour tous le 17 et le 18, il ne s'agit pas que l'on soit au tout début et puis que l'on égrène les présences. Ensemble, nous voulons cela. Par ailleurs nous sommes très ambitieux sur les financements innovants, le Premier ministre danois travaille dessus. Nous voulons l'Organisation mondiale de l'Environnement pour évaluer les objectifs des uns et des autres et pour mettre en place tout ce qui aura été décidé dans les accords de Copenhague. Et vraiment nous sommes décidés à pousser extrêmement fort pour que Copenhague soit un succès. C'est vraiment toute l'Europe qui est derrière le Premier ministre danois. M. Lars Loekke Rasmussen - Nous avons donc essayé de voir où nous en sommes dans la progression pour la préparation du Sommet de Copenhague. Je crois que nous pouvons tout à fait arriver à un accord ambitieux avec des objectifs ambitieux. Nous avons donc l'idée d'avoir un seul accord et deux objectifs. Le premier, ce serait d'avoir un accord contraignant qui couvre tous les éléments et cela implique, bien sûr, comme vient de le dire le président Nicolas Sarkozy, des objectifs pour tous les pays industrialisés s'agissant des réductions des émissions. Et puis cela signifie aussi que nous devons être extrêmement concrets sur toutes les questions de financement, tous les mécanismes de financement en tout genre. Et puis aussi tout ce qui concerne la feuille de route de Bali. Nous devons également donner des instructions pour poursuivre les négociations et arriver à un accord contraignant aussi rapidement que possible. C'est faisable, j'en suis persuadé et le succès à Copenhague ne sera un succès que si nous arrivons à faire en sorte de réaliser l'objectif qui est le nôtre d'une diminution de 2°C de la température. Pour tous les responsables politiques dans le monde, pour tous les chefs d'Etat et de gouvernement, en particulier en Europe, cela joue un rôle prépondérant. Donc je voudrais exprimer ma gratitude à la Présidence suédoise, mais bien sûr tout particulièrement aussi ma gratitude à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel car ce sont deux chefs d'Etat et de gouvernement qui ont un rôle particulièrement important. Je suis vraiment très heureux que les deux aient promis d'utiliser tout le talent diplomatique qui est le leur pour inciter les autres responsables politiques à s'engager derrière nous et derrière nos objectifs. Il faut que tout le monde soit là à Copenhague, participe à ce Sommet. Ce sera, je le rappelle, les 17 et le 18 décembre prochains. Et je dois dire que je suis vraiment très encouragé par les promesses faites par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy d'y assister. Ce sont vraiment des engagements très clairs. Je crois que nous avons eu un dialogue très constructif, nous poursuivrons une coopération étroite ensemble dans les semaines à venir et je vous en remercie. Merci./. |
(Source : site Internet de la présidence de la République)