Interview : Guido Westerwelle sur la crise de la dette européenne

05.01.2012

Parue dans le numéro de décembre 2011 du magazine « Deutschland ».

Monsieur le Ministre, depuis plusieurs mois, l’Europe exerce une gestion de la crise financière, mais à quoi ressemble une solution viable à long terme ?

Actuellement, nous voulons amener l’Union européenne à devenir une union de stabilité. C’est la décision que nous avons adoptée lors du Conseil européen le 9 décembre. La grande majorité des États de l’Union européenne s’est engagée à respecter les critères de stabilité, comme l’augmentation de l’économie et l’amélioration de la discipline budgétaire. La Commission européenne, dont les droits ont été renforcés, pourra veiller dessus et intervenir en cas de violation des règles communes. Je suis convaincu que nous pouvons ainsi regagner la confiance dans notre monnaie commune et stabiliser durablement l’euro.

 

Quelles mesures concrètes et efficaces pourraient-elles êtres prises à l’avenir à l’encontre des États membres de l’Union européenne qui enfreignent les règles de stabilité ?

Si un État de la zone euro viole les règles communes, c’est-à-dire si son endettement est excessif par exemple, des sanctions automatiques seront appliquées à l’avenir. La Commission européenne sera alors en mesure d’intervenir uniquement sur la base de critères objectifs. De la sorte, les États de la zone euro montrent qu’ils s’engagent à garder strictement le cap de la stabilité, indépendamment de la situation politique et de la conjoncture en question. Les freins nationaux à la dette limitent le nouvel endettement à un minimum. Ce sont là les mesures décisives que nous avons adoptées de commun accord avec la France en vue d’arriver à l’union de stabilité.

 

La stabilité financière est une chose, mais comment la compétitivité des États membres de l’Union européenne peut-elle être renforcée en même temps ?

Il est possible d’accroître la compétitivité au sein d’une union monétaire en augmentant l’efficacité et en améliorant la productivité. Au cours des dernières années, l’Allemagne a mené de telles réformes. C’est une des raisons pour laquelle nous nous portons aujourd’hui mieux que certains de nos partenaires en Europe.

 

Selon vous, quelle chance politique l’Union européenne possède-t-elle dans cette crise ? Les pays se rapprochent-ils ou s’éloignent-ils plutôt les uns des autres en ces temps de crise ?

Nous devons saisir la chance offerte par la crise pour un rapprochement encore plus étroit de l’Europe. La coopération accrue convenue actuellement dans les secteurs clés que sont la politique budgétaire et économique a des répercussions sur tous les autres domaines politiques. Par conséquent, l’Europe deviendra de plus en plus étroitement liée.

 

Les termes « noyau dur européen » et « Europe à deux vitesses » sont de nouveau à l’ordre du jour depuis l’éloignement de la Grande-Bretagne lors du sommet de l’UE. Qu’en pensez-vous ?

Je regrette que la Grande-Bretagne refuse de nous accompagner actuellement dans notre chemin vers une union de stabilité. Cependant, cela ne devrait pas empêcher les 26 membres restants de l’UE de se prononcer en faveur d’un renforcement de la coopération. À mes yeux, il est important que la porte reste ouverte à la Grande-Bretagne. Nos partenaires britanniques peuvent adhérer à tout moment à l’union de stabilité. Tout comme l’Allemagne, la place financière britannique est également tributaire d’un euro stable. Je suis convaincu que Londres voudra jouer un rôle actif dans l’Union européenne à l’avenir également.

 

À plusieurs reprises, vous avez demandé de mener de « larges débats transparents » sur la modification des traités européens. Le sujet de l’Europe s’est-il trop transformé en un sujet destiné à une élite ? Comment pourrait-on changer cela ?

Il me tient à cœur de mener, dans l’ensemble de l’Europe, un débat sur l’avenir de l’Union européenne. Je voudrais volontiers m’investir personnellement dans ce sujet aussi. Au cours de mes voyages en Europe, je prends directement contact avec les personnes et tiens régulièrement des conférences à l’intention des jeunes, par exemple. Nous devons maintenir l’Europe dans nos cœurs et la construire de façon engagée, car, en ces temps de mondialisation, nous ne pouvons réussir que si nous sommes soudés.

 

Certains ont l’impression que les intérêts de l’Allemagne divergent de ceux de l’Europe. Quelle réponse apportez-vous à cette critique?

L’Allemagne n’est pas le seul pays à souhaiter la mise en place d’une politique économique et financière plus solide au sein de l’Union européenne. Le 9 décembre, 26 États membres de l’UE ont convenu d’agir en faveur d’une union de stabilité et cela prouve que nos objectifs sont largement soutenus.

 

Durant les derniers mois, des principes de gouvernance économique allemands ont pu être ancrés plus fermement dans la zone euro. Cela pourrait-il entraîner le risque que l’Allemagne soit par conséquent excessivement considérée à l’étranger comme un « maître d’école » ? La crise de la dette nuit-elle à la réputation de l’Allemagne?

En tant que principale économie de l’Union européenne, l’Allemagne possède une responsabilité particulière vis-à-vis de l’Europe. Nous nous en sommes activement rendu compte pendant la crise de l’euro. Cela correspond également aux attentes qu’ont nos partenaires au sein de l’UE de l’Allemagne. C’est pourquoi nous avons toujours agit de manière transparente et avons souligné que nous tenons à coopérer avec tous les 26 autres États membres de l’UE.

 

« L’idée de l’Europe » est-elle menacée d’être reléguée à l’arrière-plan dans la crise actuelle ?

En ces temps de crise, nous ne devons pas oublier que l’Europe est la « boussole » de la politique allemande. Notre objectif reste une Union politique de l’Europe, avec des frontières ouvertes, un mode de vie à l’Européenne séduisant et unique, ses attraits culturels, sa dynamique économique et son rayonnement politique. Nous devons travailler sur la réalisation de cet objectif.

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