L’intégration, priorité nationale

24.10.2011

Considérer la diversité comme un enrichissement, plutôt que comme un problème à résoudre. Telle est la philosophie qui anime la politique volontariste que l’Allemagne mène en faveur de l’intégration des personnes issues de l’immigration. Depuis son arrivée à la chancellerie, Angela Merkel a ainsi mobilisé l’ensemble des acteurs de la société pour élaborer, puis mettre en œuvre un vaste Plan national d’intégration. Elle a également noué le dialogue avec la communauté musulmane afin de promouvoir la compréhension réciproque.

 

La diversité, une chance

Ce volontarisme découle d’une prise de conscience. La société allemande compte aujourd’hui plus de quinze millions de personnes issues de l’immigration, soit près d’un habitant sur cinq. Or, si l’immense majorité est très bien intégrée, certains se sentent discriminés et peinent à se sentir réellement partie prenante de la société, notamment au sein de la « deuxième génération ». Issus de familles où l’on parle peu ou mal l’allemand, certains adolescents éprouvent des difficultés à l’école. Les problèmes, alors, se cumulent : échec scolaire, problèmes d’insertion sur le marché du travail, faible identification à la société allemande. L’accès aux médias du pays d’origine permet, en outre, à ces jeunes de nourrir une identité multiple, parfois source d’écartèlement entre culture d’origine et mode de vie allemand.

Face à ces enjeux, la politique de l’autruche avait été longtemps de mise en Allemagne. Mais au cours des années 2000, le pays a finalement accepté ce qui était depuis longtemps une réalité : l’Allemagne est un pays d’immigration. Au niveau politique, cela s’est traduit depuis 2006 par un changement de statut de la politique d’intégration : désormais prioritaire, elle est devenue une mission « transversale ». En clair : un horizon pour tous les ministres du gouvernement. Et surtout, elle est désormais confiée non plus à une « déléguée » mais à une  « ministre déléguée », Maria Böhmer, installée directement auprès de la chancelière.

Ainsi, dès juillet 2006, un sommet national sur l'intégration s’est réuni à Berlin. L'idée consistait à engager une vaste concertation entre les acteurs pour élaborer des mesures concrètes en faveur de l'intégration. 80 personnalités issues de la politique, de l'économie, du monde associatif, de la culture, du sport, des médias et des organisations de migrants y ont participé. 

 

Vaste Plan national d'intégration

Un an plus tard Angela Merkel pouvait ainsi annoncer, lors d'un second sommet, le lancement d'un Plan national pour l'intégration. Il comprend au total, 400 engagements des participants qui activent les leviers de l'intégration à tous les niveaux. « Jusqu'à présent, les talents multiples des immigrés n'ont pas toujours été suffisamment reconnus et favorisés. Le gouvernement fédéral veut changer cela », expliquait le gouvernement fédéral.

Le gouvernement allemand a pris à lui seul 150 de ces 400 engagements. Ils sont axés sur la maîtrise de la langue allemande, considérée comme le nœud des difficultés d'intégration. Mais ils concernent aussi l'égalité des chances à l'école, la formation et l'insertion professionnelle des jeunes issus de l'immigration. Berlin a, par exemple, développé les cours d'intégration pour les étrangers. Il a aussi promu les filières de "la 2e chance" pour lutter contre l'échec scolaire. Il a créé un réseau de près de 3 000  "Parrains de l'éducation" pour les aider durant leur scolarité et leur formation. Il a, par ailleurs, développé des indicateurs spécifiques pour pouvoir mieux "mesurer" l'intégration et ajuster son action. Il a également débattu des "meilleures pratiques" avec ses partenaires européens, en particulier avec le gouvernement français.

De leur côté, les acteurs de la société civile se sont aussi mobilisés dans le cadre du Plan national pour l'intégration. Les chaînes de télévision publiques ARD et ZDF ont veillé à accorder une meilleure visibilité aux questions d'intégration. Le comité olympique allemand et la ligue allemande de football ont formé des jeunes, accru l'offre sportive dans les quartiers sensibles et créé des réseaux. Les entreprises ont engagé des apprentis. Les associations ont sensibilisé les parents pour qu'ils s'investissent dans la réussite de leurs enfants. Car l'intégration est un processus à double sens, rappelle-t-on à Berlin : chacun doit faire des efforts, les immigrés comme la société qui les accueille.

 

Nouveau regard

Le Plan national d'intégration a ainsi fait entrer la politique en faveur de l'intégration dans une nouvelle phase. « Nous avons pris conscience du fait que la migration avait changé notre pays, qu'elle continuerait à le changer et qu'elle l'enrichissait", a un jour résumé Mme Merkel. "Nous avons pris conscience du fait qu'il nous fallait de toute urgence briser le lien de dépendance entre origine et réussite scolaire […]. Nous avons pris conscience du fait que notre pays devait être un pays d'intégration afin de conserver une économie forte. Donner du travail et intégrer ceux qui sont venus jusqu'à nous n'est pas une sorte d'exploit caritatif […] : de notre capacité à apprendre à vivre ensemble dépend l'avenir de notre pays. »

 

Dialogue avec les musulmans

Cet esprit d'ouverture et de dialogue s'est aussi traduit par la création, en 2006, d'un cadre de dialogue novateur avec la communauté musulmane d'Allemagne : la Conférence allemande sur l'islam (DIK). Elle réunit  les représentants des pouvoirs publics (État fédéral, Länder, communes) et des musulmans d'Allemagne, qu'il s'agisse des associations musulmanes ou des musulmans laïcs ou sans engagement associatif. Elle a permis un début de compréhension réciproque.

AL

 

© CIDAL

L’intégration des personnes issues de l’immigration