Il y a 50 ans, la signature de l’accord de recrutement germano-turc

28.10.2011

Ils s’appellent Fatih Akin, Mesut Özil, Cem Özdemir, Necla Kelek. Ils sont cinéaste, footballeur, co-président des Verts allemands ou sociologue. Tous occupent des situations en vue dans la société allemande. Et tous ont un point commun : ils sont fils et filles d’immigrés turcs, descendants des milliers de « travailleurs invités » (Gastarbeiter) qui ont afflué de Turquie entre 1961 et 1973 pour contribuer au « miracle économique » allemand. Dimanche, l’accord germano-turc de recrutement de main-d’œuvre, qui fit jadis venir leurs parents, aura tout juste 50 ans. Il fut signé près de Bonn le 30 octobre 1961.

Quelque 2,5 millions de personnes d’origine turque vivent aujourd’hui en Allemagne. Ce 50e anniversaire sera donc célébré très solennellement : une cérémonie aura lieu mercredi 2 novembre au ministère des Affaires étrangères, à Berlin. La chancelière Angela Merkel la présidera aux côtés du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan. Les célébrations ont cependant commencé depuis plusieurs semaines à travers de nombreux congrès, colloques, débats et publications.

Mme Merkel devrait souligner la contribution des « travailleurs invités » turcs à l’économie de la République fédérale. À partir des années 1960, ces derniers ont occupé des milliers d’emplois peu ou pas qualifiés dans l’agriculture, le bâtiment, la sidérurgie, l’automobile ou encore l’industrie minière. Leur vie était tout sauf facile : ils parlaient peu l’allemand et étaient logés dans des baraquements, loin de leur famille. Le regroupement familial, qui sera facilité dans les années 1970, était alors interdit.

 

Une immigration de travail…

Cette immigration de travail devait fournir des bras à une économie allemande en pleine expansion. La Turquie, où régnait un chômage important, n’était pas le premier pays à signer un accord de recrutement avec la République fédérale. L’Italie avait ouvert la voie en 1955, bientôt suivie de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal.

En outre, l’accord germano-turc n’envisageait pas une immigration pérenne des travailleurs turcs : la durée de séjour était plafonnée à deux ans, et l’accord prévoyait explicitement un système de rotation des travailleurs. Cependant, les Turcs étaient appréciés car ils représentaient une main-d’œuvre efficace, travailleuse et docile, qui ne faisait planer aucune menace syndicale. À la demande du patronat, le plafonnement de la durée de séjour fut ainsi abrogée dès 1964.

 

… qui s’est transformée

Les recrutements étaient organisés par l’Agence fédérale pour l’emploi. Le nombre de Gastarbeiter turcs n’augmenta que progressivement pour s’accélérer au début des années 1970. En 1973, lorsque le gouvernement allemand mit fin au recrutement sur fond de choc pétrolier et de crise économique, la République fédérale comptait 894 000 Turcs. Dans les années 1970, le regroupement familial permit à leurs épouses et à leurs enfants d’immigrer à leur tour en Allemagne. Et près d’un million d’enfants sont ensuite nés de parents turcs sur le sol allemand.

Ainsi, les Turcs forment aujourd’hui le groupe de migrants le plus important d’Allemagne. C’est en Rhénanie-du-Nord-Westphalie qu’ils sont les plus nombreux (plus de 800 000), et à Berlin que la communauté turque est la plus importante (5 % de la population). Un tiers d’entre eux possède la nationalité allemande.

Selon la chambre de commerce germano-turque, il existe, en outre, en Allemagne, 80 000 entreprises gérées par des personnes d’origine turque. Elles réalisent 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires au total, et emploient plus de 400 000 personnes.

 

Intégration des Turcs

Est-ce à dire que la population d’origine turque s’est fondue sans accroc dans la population allemande ? « Nous sommes sur la bonne voie », estime Maria Böhmer, ministre déléguée à la migration. Le bilan est relativement positif dans des domaines comme la politique, le sport ou la culture. On dénombre, par exemple, un dirigeant de parti, cinq députés du Bundestag, deux ministres régionaux et 27 députés régionaux d’origine turque. Mais, un demi-siècle après la signature de l’accord de recrutement, tout n’est pas réglé. Le problème, a un jour explicité Markus Kerber, du ministère fédéral de l’Intérieur, lors d’un colloque organisé en 2008 par l’ambassade d’Allemagne à Paris, c’est que les Turcs ont « oublié de rentrer. [Et que] pour notre part, nous avons oublié que nous les avions invités ».

De fait, il reste des lacunes à l’école et sur le marché du travail, reconnaît Mme Böhmer. Il existe, en particulier, des retards à combler en ce qui concerne la maîtrise de l’allemand, le rapport à l’éducation et l’insertion sur le marché du travail. Les discriminations sont encore importantes dans de nombreux domaines de la vie quotidienne, jugent également plusieurs sociologues. Et, à l’inverse, certains jeunes de la deuxième ou de la troisième génération peinent à trouver leur identité, demeurant parfois coincés entre leurs deux cultures.

Ainsi, si elle est la plus nombreuse, la communauté turque est aussi celle où les problèmes d’intégration sont les plus fréquents. L’Allemagne a mis du temps à prendre conscience de ces difficultés. Mais depuis quelques années, elle a pris un tournant. Elle accepté de se reconnaître comme un « pays d’immigration ». Elle a appris à considérer ses immigrés comme une richesse, et l’intégration comme une chance.

Dans cet esprit, elle a mis sur pied une politique d’intégration volontariste. La réciprocité en est l’un des principes clés. Elle exige des efforts de la part des immigrés, mais également une capacité d’accueil de la part de la société allemande.


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Accord germano-turc de recrutement de main-d’œuvre