Quelle place pour les musulmans en Allemagne ?
Selon les estimations, entre 3,8 et 4,3 millions de musulmans vivent en Allemagne. Ils sont souvent d’immigration récente, jeunes et bien intégrés. Les plus nombreux sont issus de la communauté turque. Mais, tout comme en France, les difficultés d’intégration de certains d’entre eux suscitent des débats.
À la fin de l’été 2010, Thilo Sarrazin a jeté un pavé dans la mare. Dans un essai intitulé Deutschland schafft sich ab (L’Allemagne court à sa perte), cet économiste et homme politique allemand, membre du directoire de la Bundesbank et ancien sénateur social-démocrate de Berlin, a critiqué les effets négatifs de l’immigration, notamment musulmane, et mis en cause la volonté d’intégration des musulmans. Son livre a soulevé une controverse. Mais il a été un succès de librairie. Selon certains, Thilo Sarrazin exprimait ce que beaucoup pensaient tout bas.
Troisième religion d’Allemagne
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(© dpa/pa)
Ce débat n’est pas propre à l’Allemagne. Mais il illustre la difficulté de la société allemande à prendre conscience d’une réalité nouvelle : l’islam est devenu la troisième religion du pays. Les musulmans représentent 4 à 5 % de la population (voir encadré), contre environ 30 % pour les catholiques et 29 % pour les protestants. L’évolution a été silencieuse : l’Allemagne avait, en effet, « oublié » depuis longtemps la présence des anciens « travailleurs invités » (Gastarbeiter) sur son sol. Aujourd’hui, le réveil est d’autant plus brutal que les attentats de 2001 ont attisé les peurs.
Les 3,3 millions de musulmans en Allemagne représentent environ 4 % de la population et viennent de quelque 40 pays. Le groupe de musulmans de loin le plus important, réunissant 2,6 millions de personnes, est composé de Turcs, suivis par les Marocains, les Afghans et les Iraniens. Environ 800000 musulmans possèdent la nationalité allemande. Près de 3000 mosquées et lieux de prières musulmans existent en Allemagne. Source : magazine-allemagne.fr, 2008 |
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Les responsables politiques n’ont pas tardé à réagir aux thèses de Thilo Sarrazin. À l’occasion de la fête nationale, le 3 octobre 2010, le président allemand, Christian Wulff, a clarifié les choses. « Il ne fait aucun doute que le christianisme fait partie de l'Allemagne. Il ne fait pas de doute que le judaïsme fait partie de l'Allemagne. […] Mais désormais l'islam fait aussi partie de l'Allemagne", a-t-il affirmé. Il prenait ainsi acte de la diversification de la société allemande, y compris sur le plan religieux. Sans nier, par ailleurs, l’existence de difficultés d’intégration.
Échec du multiculturalisme
Car la visibilité accrue de la communauté musulmane n’interroge pas seulement l’Allemagne sur son identité. Elle la contraint aussi à réviser ses schémas de pensée : si le problème n’est pas la présence des musulmans, mais l’intégration de certains d’entre eux, peut-être s’est-on trompé de méthode ?
Dans la ligne de mire : le multiculturalisme. Cet idéal promu par les Verts à partir des années 1980 vise la cohabitation des cultures dans un climat de respect et de tolérance, mais sans mélange. Il a toujours eu ses partisans et ses détracteurs, opposés par exemple le port du foulard. Mais aujourd’hui, l’Allemagne en revient officiellement. « Le multiculturalisme a échoué », a dit la chancelière Angela Merkel à l’automne 2010.
À l’origine de ce constat d’échec : l’observation de « sociétés parallèles ». Il existe des quartiers où certaines communautés vivent entre elles selon leurs propres règles. Des jeunes filles sont, par exemple, forcées de se marier avec un époux choisi par leur famille, au mépris de l’égalité des sexes inscrite dans la Loi fondamentale.
Conférence allemande sur l’islam
Les responsables politiques ont tiré de cet aveu d’échec un enseignement : l’ampleur de la méconnaissance réciproque. Ils en ont fait émerger une nouvelle stratégie, fondée un processus de dialogue actif entre les pouvoirs publics et les musulmans. Elle a pour vecteur la Conférence allemande sur l’islam (Deutsche Islamkonferenz, DIK), lancée en 2006 par Wolfgang Schäuble, alors ministre de l’Intérieur.
La DIK est composée d’une quinzaine de représentants des pouvoirs publics (État fédéral et Länder) et d’une quinzaine de représentants des musulmans, dont plusieurs personnalités indépendantes. Son premier objectif était d’établir un échange pour améliorer la compréhension réciproque. Une première phase de travail, de 2006 à 2009, a ainsi permis d’installer la confiance et le dialogue. Elle a créé les bases d’une entente sur des questions telles que l’adhésion des musulmans aux valeurs démocratiques, les cours de religion sur l’islam à l’école, la construction de mosquées ou encore la formation.
Comme en France, l’un des enjeux consiste à promouvoir l’émergence d’un islam d’Allemagne, respectueux des institutions et des lois nationales. Ainsi, une deuxième étape s’est ouverte depuis 2009, davantage axée sur des questions pratiques et quotidiennes. Il s’agit d’améliorer la participation des musulmans à la vie citoyenne et la vie en commun au sein d’une société plurielle.
Dans cette perspective, la DIK s’est donné trois thèmes prioritaires : la formation des imams dans le domaine des sciences sociales et les cours de religion à l’école, l’équité de traitement entre les sexes (y compris la question du voile et celle du mariage forcé) et la prévention de l’extrémisme.
AL
Plus d’informations :
Ministère fédéral de l’Intérieur :
www.bmi.bund.de/DE/Themen/PolitikGesellschaft/DtIslamKonferenz/dtislamkonferenz_node.html
Conférence allemande sur l’islam :
www.deutsche-islam-konferenz.de